Depuis trois ans, l’Institut Régional de Formation en Puériculture de Strasbourg intègre dans la formation de ses élèves une demi-journée consacrée au massage du bébé. Cette formation est assurée par Isabelle Gambet Drago, masseur kinésithérapeute, à l’initiative de Weleda.

Texte : Félicie Caugek - Photos : Pascal Bastien

On va faire en 3 heures ce qu’on apprend normalement en deux jours. L’idée est de
vous donner une approche de ce qu’est le massage du bébé pour que vous puissiez ensuite faire votre chemin ». Face à la formatrice, une trentaine d’élèves auxiliaires de puériculture -toutes des femmes-, certaines très jeunes, d’autres déjà mères de famille. « Moi je suis maman de 4 enfants âgés de 6 à 11 ans et je les masse depuis qu’ils sont nés !
Et vous, est-ce que vous avez des enfants ? Est-ce qu’il vous arrive de les masser ? », Petits sourires dans l’assemblée, haussements d’épaules … Isabelle Gambet Drago entre dans le vif du sujet avec simplicité et complicité. Son cours n’est surtout pas l’énoncé magistral d’une technique, il s’adapte au public concerné. Toutes ces femmes réunies ont sûrement un vécu à raconter. « Il y a quelques années on n’entendait pas parler de massage du bébé. Comment voyez-vous cela aujourd’hui ? Un effet de mode, une redécouverte ? » Une élève se lance : « Moi j’ai une fille de 16 ans et à l’époque où elle était petite on en parlait déjà un peu ». Une autre : « et puis aujourd’hui on parle beaucoup plus de la relation mère-enfant ». Et encore : « si
le massage fait du bien aux adultes, pourquoi ça ne ferait pas du bien aux enfants ? ». La discussion est engagée. « C’est vrai, le massage des adultes prend de plus en plus de place : on a besoin de se réconcilier avec le corps. Cela est lié au stress, à notre mode de vie. On assiste à une redécouverte du massage et quand le massage touche les mamans, elles ont envie de faire la même chose avec leur bébé », poursuit la formatrice.

Une histoire du massage
Cette réalité mérite un détour par l’Histoire : du Moyen-âge imprégné d’une culture de la transmission du massage à l’intervention de l’Eglise qui voit d’un mauvais oeil la  présence des petits garçons aux bains publics avec leur mère … A l’époque de la Renaissance le massage dit « spontané » disparait avec l’arrivée de la médecine : il y a désormais des savants et des incultes ... Voilà donc des parents « ignorants »
pour qui l’intuition n’est plus une référence, ils ne cherchent plus la réponse chez eux mais auprès du médecin. Pourtant, le massage c’est précisément ce qui aide les  parents à se rassurer. « Le toucher est accessible à tout le monde et c’est vous qui êtes les mieux placées pour le dire, parce que c’est à vous que les mamans vont s’adresser en maternité. Vous avez le privilège et le rôle de leur dire : faites-vous confiance, vous savez ! », affirme la kinésithérapeute.

Massage contenant, massage glissant
Des mains posées sur des ballons, des doigts qui cherchent la bonne position… « Détendus, les doigts ! Il ne doit pas y avoir de creux dans la paume de la main ! » Etonnante scène de recherche d’équilibre : les élèves apprennent à poser la main sur un corps de bébé. Le ballet est coloré comme une fête d’anniversaire. « Pensez à détendre le bras, le poignet doit être souple ». Suite de l’exercice : passer le ballon d’une main à l’autre. Que se passe-t-il si on le fait vite ? « Ca effraie », dit une élève, « on est moins sûre et ça empêche de respirer ». Comme une musique où il n’y aurait pas de silence. « Quand vous massez le bébé, le rythme est très important. Il y a le moment où on lui donne une information et le moment où il l’absorbe. Si on va trop vite on stresse le bébé au lieu de le détendre. » Isabelle Gambet Drago avance par petites touches dans son enseignement. Elle distille délicatement et par l’expérience l’essence même du massage, le toucher avec bienveillance.
Et la pression ? Quelle pression doit-on exercer sur le corps d’un nourrisson ?
« Légère ! dit une élève
– Oui mais légère comment ?
– Comme des caresses
– Des caresses ? Essayez de masser votre bras du bout du doigt, ça chatouille ! Faites pareil avec la paume de la main, c’est plus agréable : c’est comme cela qu’il faut masser. La bonne pression, c’est celle qu’on exerce en fin de grossesse lorsqu’on pose ses mains sur le ventre. Vous voyez, c'est quand même lourd ! »
Encore un exercice. Sans ballon cette fois. On offre une pression avec la main, dans
le vide. Il faut ressentir la masse présente.
« On sent la chaleur ! », s’exclame une élève.
– Et c’est quoi cette chaleur ?
– Du magnétisme, de l’énergie …
– Et pourquoi je vous fais travailler cela aujourd’hui ?
– « Parce que masser, c’est donner. » Une autre élève : « On donne et on prend aussi ».
Isabelle Gambet Drago : « oui ! Masser, c’est échanger de l’énergie. Le bébé a besoin de chaleur et le massage commence avant le toucher. Avant même de toucher bébé on est déjà en communication avec lui. Cela se joue dans l’intention qu’on a. Le but n’est surtout pas de pomper l’énergie du bébé. Alors, à votre avis, quelle est l’importance du toucher ? »
Les réponses fusent : « C’est vital ! », « Ça permet de connaître les limites de son corps ! »,
« Ça rassure ! »
– « C’est vrai, on va développer une communication entre celui qui reçoit et celui qui donne.
C’est vraiment l’essentiel à retenir pour le massage du bébé. Il a encore d’autres effets bénéfiques : apaiser, améliorer le sommeil et la digestion, développer les défenses immunitaires et la fonctionnalité des organes ».
Voilà les élèves stimulées elles aussi par un cours dense et captivant. « Mais si on masse mal, on ne risque pas de faire du mal au bébé ? »
– Non, rassure la formatrice, si on donne avec le coeur il n’y a pas de risque. C’est mieux si on a une bonne technique mais le plus important c’est d’être présent. Le risque c’est de trop masser et de saturer le bébé, ça le rend nerveux et l’effet est inverse.
– Quel est le meilleur moment pour faire un massage ?
– Théoriquement 1h30 après le repas et à un moment où le bébé est réveillé. Dans la réalité chacun s’adapte !

Poupées et doudous


Elles jouent encore à la poupée : juste le temps d'apprendre les bons gestes pour masser les bébés

Pour la dernière partie du cours, les ballons sont laissés de côté. Les poupées surgissent des sacs, quand ce ne sont pas de grands doudous en forme d’éléphant ou de personnages de dessins animés ! Des supports originaux pour une étape pratique qui commence par les manipulations précédant le massage. « Si on est à l’aise pour prendre bébé, le déshabiller, on est à l’aise pendant le massage. Sortir bébé de son lit, c’est déjà du massage », affirme la kinésithérapeute. Isabelle Gambet Drago révise ces petits gestes qui font appel aux réflexes physiologiques du bébé avant de dévoiler la « position magique*», un face à face avec le bébé qui permet de demander à l’enfant s’il est prêt pour un massage. Les gestes précis du massage lui-même sont abordés rapidement. Juste une évocation pour ouvrir un champ d’apprentissage.
Libre à chaque élève de pousser plus loin son désir de connaissance et l’envie
de transmettre à son tour cette confiance qui doit revenir aux parents.
* à découvrir dans le guide du massage bébé.